Les deux orphelines


J'été voir "Les deux orphelines"
Au Théâtre St-Denis, l'autre soir
Tout l'monde braillait, bonté divine!
C'qui s'en est mouillé des mouchoirs.

Dans les loges, y'avait une grosse dame
Qu' avait l'air d'être au désespoir
Elle sanglotait, c'te pauvre femme
Elle pleurait comme un arrosoir.

J'me disais: Faut qu'elle soit bien tendre
Puis qu'elle ait d'la pitié plein l'coeur
Pour brailler comme ça, à entendre
Une pièce qu'est jouée par des acteurs.

Ça doit être une femme charitable
Qui cherche toujours à soulager
Les pauvres 'yables, les misérables
Qu'ont frett' pis qu'ont pas d'quoi manger.

J'pensais à ça après la pièce
En sortant d'la salle pour partir
Pis j'me suis dit: Tiens faut que j'reste
À la porte pour la voir sortir.

Dehors, y'avait deux pauvres 'tites filles
En p'tites robes minces comme du papier
Leurs bas étaient tout en guenilles
Y'avaient même pas d'claques dans les pieds.

  Elles grelottaient, ces pauvres p'tites chouettes
Elles nous d'mandaient la charité
En montrant leurs p'tites mains violettes
Ah! c'tait bien d'la vraie pauvreté!

Chacun leu z'a donné quelques cennes
C'est pas eux-autres, les pauvres enfants
Qu'auront les bras chargés d'étrennes
À Noël pis au Jour de l'An.

V'là -t-y pas qu'la grosse dame s'amène
Les yeux encore en pâmoison
D'avoir pleuré comme une Madeleine
Les p'tites y d'mandent comme de raison:

La charité, s'ous plaît, madame?
D'une voix qui faisait mal au coeur
Au lieu d'leur donner, la grosse femme
Leur répond du haut d'sa grandeur:

Allez-vous-en, mes p'tites voleuses!
Vous avez pas honte de quêter?
Si vous vous sauvez pas, mes gueuses,
Moi, m'en vais vous faire arrêter.

Le monde c'est comme ça! La misère
En pièce, ça les fait pleurnicher
Mais quand c'est vrai, c't'une autre affaire!
La vie, c'est bin mal arrangé!


Texte: Jean Narrache (Émile Coderre)
Interprète: Raymond Lévesque


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