Sans MUSIQUE


La leçon des érables


Ainsi dans la forêt et les bruyères roses,
M'ont parlé l'autre jour les grands érables verts
Et, songeur, j'ai connu le prix des nobles choses
Qui font les peuples grands, plus grands que leurs revers.

Ils gardent l'avenir ceux qui gardent l'histoire
Ceux dont la souvenance est sans mauvais remords
Et qui, près des tombeaux où sommeille la gloire,
À l'âme des vivants, mêlent l'âme des morts.

Ils le gardent surtout ceux dont les lèvres fières
Ont gardé les refrains du parler maternel :
Épopée ou romance où l'âme de nos pères
Vient prier et vibrer d'un accent éternel.

Gardons toujours les mots qui font aimer et croire
Dont la syllabe pleine a plus qu'une rumeur
Tout noble mot de France est fait d'un peu d'histoire
Et chaque mot qui part est une âme qui meurt.

En parlant bien sa langue on garde bien son âme
Et nous te parlerons, ô verbe des aïeux
Aussi longtemps qu'au pôle une immortelle flamme
Allumera le soir ses immuables feux.

Que montera des blés la mâle villanelle
Que mugira le bronze en nos clochers ouverts
Et que se dressera dans la brise éternelle
Le panache hautain des grands érables verts!


Paroles: Lionel Groulx
Musique: S. M.-F. Solano, c.s.c.
Interprète: Joseph Dumais (1918)

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