Le père


On commence par l'admirer
On voudrait lui ressembler
Et le premier mot qu'on dit
Et le premier pas qu'on fait
On le dit comme il le dit
On le fait comme il le fait.

On le met dans nos dessins
On en parle à nos copains
On est son petit bonhomme
On est fier et on s'étonne
Jusqu'à quinze ou seize années
De grandir à ses côtés.

Lorsque l'on a du chagrin
... ou un bobo qui fait mal
On lui arrache son journal
Et on grimpe sur ses genoux
Se blottir joue contre joue
On le presse de nos questions
Qu'est-ce que c'est? Pourquoi faut-il?
Et quelquefois il nous répond:
Nom de Dieu, laisse-moi tranquille!
Et souvent il fait semblant
D'être aussi un peu savant.

Et puis survient le moment
Où l'on se croit devenu grand
On ne prend même plus conseil
De celui qui fut modèle
Il commence à ennuyer
On veut s'en émanciper.

Il est là, un peu croulant
Plein de manies, peu d'argent
On le trouve plutôt bourgeois
Égoïste et rabat-joie
Il n'aime pas notre musique
On voudrait qu'il change de disque.

On en a vraiment ras-le-bol
On se tourne vers d'autres idoles
Les médiocres, les géniales
Vers la drogue, ou...
Et à tort ou à raison
On se tire de la maison.

On revient tous les dimanches
...
On dévore pour la semaine
C'est toujours la même rengaine
Celle que l'on chante à son vieux:
Le mois prochain, ça ira mieux.


Pierre Bellemare

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